Allergies à l’ambroisie : la guerre est déclarée

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Cette image est celle d’un plant d’ambroisie dans la James Woodworth Prairie Preserve, Illinois (Etats-Unis). La plante est arrivée en France à la fin du XIXe siècle. Chez les Grecs, son nectar était le mets favori des dieux de l’Olympe. Mais depuis le week-end des 11 et 12 août, l’ambroisie brûle les yeux de nombreux habitants du sud-est de la France, essentiellement en Rhône-Alpes, qui compterait 200 000 allergiques.

Cette plante, peu colorée, reconnaissable à ses feuilles découpées et ses fleurs en épi long, voit en effet s’ouvrir sa période de pollinisation, qui doit durer jusqu’en octobre. Chacun de ses pieds peut produire plusieurs millions de grains de pollen. Et cette année, « l’attaque » semble particulièrement virulente. « Le printemps a été très pluvieux, il y a donc beaucoup de plantes« , explique Quentin Martinez, de l’Observatoire national de l’ambroisie.

Malades et autorités sont mobilisés pour combattre ce fléau. FTVi passe en revue les troupes, encore mal organisées.

Des malades de plus en plus nombreux :

Si vous allez rendre visite à Philippe de Goustine cet été, ne soyez pas surpris de trouver les fenêtres fermées. La faute à l’ambroisie, qui lui gâche la vie. « Je n’aère pas pendant deux mois. Et quand je vais dans mon jardin, je porte un masque pour limiter la casse. J’arrache des plants tous les jours, il y en a des centaines par chez moi. » Depuis ce week-end, c’est l’alerte maximale. « J’ai les yeux qui piquent, le nez qui se bouche, je tousse. Je sais que mon état va s’aggraver dans les semaines qui viennent. Pendant deux mois, on est crevés. »

Venu s’installer dans la Drôme il y a quelques années, il « a rapidement ressenti les symptômes du rhume des foins. Le médecin n’a pas mis longtemps à identifier le problème : l’ambroisie ». Une plante qu’il ne connaissait même pas à l’époque. Rapidement, la situation dégénère, avec des difficultés respiratoires. « Je prends un traitement depuis des années. Une visite médicale par an, un antihistaminique matin et soir, du collyre dans les yeux et un traitement antiasthmatique. » L’ambroisie entraîne de nombreuses pathologies : rhinite, urticaire, eczéma, conjonctivite, insomnie, fatigue, asthme.

Avec l’association Stop ambroisie, dont il est le président, Philippe de Goustine tente d’alerter les autorités. « J’ai l’impression qu’on ne parle pas beaucoup des malades. Cela fait vingt ans que les pouvoirs publics ont identifié l’ambroisie comme un problème de santé publique, mais rien n’est fait pour endiguer sa progression. » Comme lui, entre 10 et 15% des habitants en Rhône-Alpes sont allergiques à la plante. D’après l’Observatoire régional de la Santé (ORS), ce chiffre est en hausse de 70% depuis 2008.

Une proposition de loi pour organiser la riposte :

Faute de pouvoir endiguer la propagation des allergies, la facture s’alourdit année après année pour l’Assurance maladie. Entre les consultations, les médicaments, les produits de désensibilisation et les arrêts de travail, l’Observatoire régional de la Santé Rhône-Alpes évalue la facture à 14,2 millions d’euros, selon une estimation basse publiée dans son dernier rapport.

« L’ambroisie nous envahit. Pour l’instant, elle a gagné. » Fin du match ? Pas encore. Le député UMP et maire de Crémieu (Isère), Alain Moyne-Bressand, continue de mener la charge. A la rentrée, il compte écrire à tous les parlementaires pour appuyer sa proposition de loi : inscrire l’ambroisie dans la liste des plantes nuisibles, et inciter plus fortement les départements à engager des campagnes d’arrachage. Et surtout, les rendre plus efficaces. « Dans mon département, on a fauché dès le mois dernier, alors qu’il aurait fallu le faire au début du mois d’août, juste avant que l’ambroisie ne dégage son pollen. Les plants fauchés le mois dernier ont déjà repoussé ! » C’est que l’exemple ne vient pas d’en haut : « C’est au cours du mois de juin que les plants doivent être détruits« , quand des spécialistes estiment qu’un deuxième fauchage est nécessaire début août.

Dans les champs, on se bat comme on peut :

Alain Moyne-Bressand est à la tête d’un comité parlementaire contre l’ambroisie, créé en 2011 avec deux autres députés. « C’est un problème de santé publique dans lequel les agriculteurs sont partie prenante, car ils ont un important manque à gagner. La plante prend les matières fertiles du terrain et pénalise l’exploitation. Après les moissons, les chaumes étaient verts d’ambroisie ! » Selon la chambre d’Agriculture de l’Isère, les pertes de production dans la région pourraient atteindre 10% si rien n’est fait.

Contacté par FTVi, Paul Despesse tient une exploitation agricole à Saint-Marcel-Lès-Valence (Drôme). « Dans la région, des arrêtés préfectoraux nous imposent de lutter contre l’ambroisie », dit-il. Après la moisson, il fait un « déchaumage pour la détruire. Un disque travaille le sol sur cinq centimètres de profondeur pour couper la plante. Et s’il fait trop sec, j’utilise du désherbant ». Sans oublier de passer les bordures des cultures au broyeur, sachant que « c’est plus difficile pour le tournesol ou sorgho. On ne peut rien faire non plus pour le maïs », regrette-t-il.

Mais se battre contre l’ambroisie, c’est un peu affronter l’Hydre de Lerne. Très résistantes, les graines peuvent reposer pendant quinze ans sous terre avant de germer. « Nous couvrons peut-être 80% de la surface foncière, mais cela fait 2-3 ans que nous travaillons à lutter contre l’ambroisie. Nous sommes précurseurs en la matière. Il faut que ça soit collectif, que les propriétaires non agricoles aussi se penchent sur la question. » Pour aider les exploitants et informer les particuliers, le Plan régional santé environnement du Rhône-Alpes s’appuie sur un référent par commune touchée.

Routes, jardins et chantiers sous surveillance.

Les agriculteurs ne sont pas les seuls à être mis à contribution. La plante est aussi présente au bord des routes, où ce sont les pouvoirs publics qui s’attellent à son éradication.

Les particuliers aussi sont invités à participer. A Romans (Isère), les habitants doivent signaler tout plant aperçu sur la commune, rapporte Romansmag.fr. Et gare à ceux qui ne prennent pas la menace au sérieux : dans certains départements, des arrêtés préfectoraux anticipent les risques liés aux chantiers, où la terre est retournée. En Isère, propriétaires, locataires, responsables de chantiers et gestionnaires publics sont tenus « de prévenir la pousse des plants d’ambroisie (et) de nettoyer tous les espaces où pousse l’ambroisie » (arrêté N° 2000-1572 du 7 mars 2000). Si cela n’est pas fait, le maire peut faire détruire les plants aux frais du responsable.

De Bordeaux à Bucarest, même combat.

Le Rhône-Alpes n’est pas le seul territoire touché. La menace s’étend aux régions voisines (Bourgogne, Centre, Paca, Auvergne) et même jusqu’en Alsace, en Poitou-Charentes et en Pays de Loire, de manière ponctuelle. Mais le pollen de l’ambroisie peut aussi voyager sur 100 à 200 kilomètres et provoquer des allergies dans des régions vierges de plants, comme en Aquitaine ou dans les Bouches-du-Rhône.

Bien entendu, la plante invasive ne connaît pas les frontières. On la retrouve dans les eaux du Pô et même dans les Balkans, en Slovénie, en Croatie et surtout en Hongrie, le pays le plus touché. Dans certaines zones, un habitant sur deux y est victime d’allergies. Là-bas, la guerre semble perdue pour de bon.

Face à cette menace, une première conférence de l’International Ragweed Society (Société internationale de l’ambroisie) s’est tenue en décembre 2009, à Nyon (Suisse). Et le 23 juin dernier, lors de la première Journée internationale d’information sur l’ambroisie, des scientifiques du monde entier

Source : francetv info – 14/08/12