Humidité et moisissures dans les locaux professionnels : quel risque d’asthme ?

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Cet article publié le 27 octobre 2011 dans le Journal International de Médecine, confirme l’intérêt de solliciter l’intervention d’une Conseillère Médicale en Environnement Intérieur qui effectuera des prélèvements afin d’identifier les moisissures et apporter les conseils adaptés : traiter la cause, nettoyer, aérer et ventiler.

Humidité et présence de moisissures à l’intérieur des locaux peuvent être à l’origine d’un asthme professionnel (AP). En l’absence d’amélioration des conditions de travail, quel risque ont les travailleurs qui présentent déjà des signes respiratoires  de développer un asthme ?

Entre 1995 et 2004, 2 200 personnes exposées professionnellement à l’humidité et aux moisissures ont été soumises à un bilan pour des signes respiratoires hauts et/ou bas. Un asthme, professionnel ou non, a été diagnostiqué chez 41 % d’entre eux. En 2007, 483 sujets de la cohorte initiale (88 % de femmes, moyenne d’âge 45,3 ans) ont fait l’objet d’une deuxième évaluation en raison de l’apparition de signes évocateurs d’asthme et d’une exposition persistante alors que le premier bilan était négatif : 12,8 % d’entre eux ont déclaré avoir développé un asthme, en moyenne 4,8 ans après le premier bilan. Plus des trois quarts (78 %) travaillaient dans des bureaux ou assimilés.

Dès avant le 1er bilan, ces patients rapportaient une fréquence élevée de signes ophtalmologiques, respiratoires hauts et généraux dont la prévalence ne diffère toutefois pas selon que l’évolution s’est faite ou non vers un asthme. Au cours du suivi, ces signes étaient significativement moins sévères quand l’exposition à l’humidité et aux moisissures cessait. Seule la prévalence de la dyspnée s’est révélée supérieure dans le groupe qui a évolué vers un asthme. Le risque de développer un AP était multiplié par 4,6 (odds ratio OR ; intervalle de confiance à 95 % IC 95 : 1,8-11,6) en cas d’exposition professionnelle continue, et par 6,4 (IC 95 : 1,5-27,7) en cas de maintien des conditions de travail initiales à l’identique. L’attribution d’un nouveau poste mais également exposé donnait toujours pour l’asthme un OR de 5,7 (IC 95 : 1,6-20,7). Chez les travailleurs toujours exposés, 78 % des asthmes pouvaient être attribués à l’humidité et aux moisissures, 85 % en cas de maintien des conditions de travail initiales. La présence d’un antécédent d’atopie augmentait légèrement l’OR.

Travailler dans un environnement traité diminuait le risque sans que la significativité statistique soit atteinte (OR 2, IC 95 : 0,7-5,4), ce qui pourrait s’expliquer par le faible effectif des travailleurs de cette catégorie. Parmi les limites de l’étude figurent l’usage d’un auto-questionnaire pour le diagnostic d’asthme, l’impossibilité d’accès à l’ensemble des dossiers médicaux, l’évaluation par les travailleurs eux-mêmes de l’humidité des bâtiments. La connaissance du centre d’intérêt de l’étude (être atteint d’un asthme) peut avoir sensibilisé les participants à l’observation de l’humidité et des moisissures par rapport à ceux dont les symptômes avaient cessé ou diminué. Le lien de causalité devra dont être à nouveau analysé dans d’autres travaux.

Dr Anne Bourdieu

Karvala K et coll. : Prolonged exposure to damp and moldy workplaces and new-onset asthma. Int Arch Occup Environ Health., 2011; 84: 713-721