La piscine risque-t-elle d’aggraver mon asthme ?

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Il est indispensable de lire la communication du Pr Alfred Bernard (Université catholique de Louvain) lors de « rencontres scientifiques » organisées par l’Agence française de sécurité sanitaire de l’environnement du travail (Afsset) qui a financé ces recherches. Vu l’augmentation des cas d’asthme depuis les années 70 dans des zones où le nombre de piscines était important, une étude a cherché à savoir si les nouveaux asthmatiques se trouvaient dans des territoires où les piscines étaient implantées. En surveillant des jeunes enfants fréquentant souvent les piscines couvertes ou découvertes, des chercheurs ont remarqué que: Les fréquences de l’asthme et des rhinites allergiques varient selon l’âge auquel l’enfant commence à se rendre à la piscine. Elles se majorent nettement si l’enfant commence à fréquenter la piscine après l’âge de 4 ans. Cette fréquence est diminuée par contre si l’âge de fréquentation débute avant l’âge de deux ans.

La fréquence des cas d’asthme augmente avec le temps passé dans une piscine chlorée. Ceux qui fréquentaient une piscine non chlorée avaient quatre fois moins de risque d’être asthmatique que le reste de la population et aussi deux fois moins de risque de souffrir d’un rhume des foins ou d’une rhinite allergique.

L’exposition au chlore augmente le risque de développer une affection allergique même en l’absence d’antécédents familiaux et multiplie par trois le risque de présenter un asthme si la fréquentation de la piscine chlorée dépasse 500 heures.

La fréquence des cas d’asthme augmente avec le temps passé en piscine, de l’ordre de 1 à 2 % par heure dans l’eau. Et ces dangers existent même s’il n’y a pas d’antécédents familiaux d’affections respiratoires. Chez de jeunes nageurs Italiens s’entrainant pour la compétition, la moitié présentaient une hyperréactivité bronchique et les trois quarts étaient sensibilisés aux allergènes aériens ; La présence de ces deux facteurs est hautement prédictive de la survenue d’un asthme. Le personnel qui travaille en piscine ont 2,6 fois plus des antécédents de crises d’asthme dans l’année précédente qu’une population témoin En fait, le chlore réagit avec les matières azotées provenant des nageurs ( sueur, salive mais aussi l’urine) pour former des produits toxiques, notamment la chloramine qui stagne une dizaine de centimètres au-dessus de l’eau et donne cette odeur si caractéristique des bassins de piscines.

Les piscines privées, dont le nombre est en augmentation (800 000 en France), sont tout aussi toxiques car le nombre d’heures passées dans ces piscines parfois trop chlorées est plus important que dans les piscines publiques. L’âge est aussi un facteur de risque. Le risque de lésions des bronches est plus important avant 7 ans et plus encore pour les bébés nageurs.

Conclusion: La natation reste un sport praticable par tous et bénéfique sur le plan santé. Pour minimiser le risque d’asthme, il vaut mieux fréquenter une piscine utilisant un système cuivre-argent ou un système utilisant le PHMB plutôt que la désinfection par le chlore.

Le PHMB est l’abrévation du polyhexaméthylène biguanide, dont le nom commercial est le Revacil est un procédé de désinfection des piscines qui ne contient pas de chlore, n’agresse ni la peau ni les yeux et convient mieux aux asthmatiques. Agrée par le ministère de la santé depuis début 2007, il est utilisé par quelques piscines en France. Il est également disponible pour les piscines privées.

Un autre système effectue une désinfection de l’eau de piscine par un système de courant passant entre des électrodes en cuivre et en argent. Au contact de l’eau, les électrodes produisent selon les besoins de l’hydroxyde de cuivre (floculent), mais aussi un dégagement d’ions cuivre (fongicide et algicide) et d’ions argent (désinfectant). la désinfection totale requiert soit un oxydant en plus ou une très faible quantité de chlore. Ce système est efficace et peu cher.

Sources: Font-Ribera L et coll. Swimming pool attendance and risk of asthma and allergic symptoms in children. Eur Respir J 2009. – Jacobs J.H. et coll., Eur. Respir. J., 29 (4): 690-8, 2007. – Brusasco V. et Rossi G., Université de Gêne, Italie. – 17e congrès de la Société européenne de pneumologie, 15-19 septembre 2007, Stockholm, communication du Pr Nickmilder M., Université de Louvain, Belgique. – A. Bernard and col. Outdoor Swimming Pools and the Risks of Asthma and Allergies during Adolescence? Eur Respir J 2008
Création le 21/10/2007, Modification le 30/05/2009