La pollution majore-t-elle le risque d’asthme ?

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La fréquence des maladies respiratoires chroniques augmente : 300 millions d’asthmatiques dans le monde (chiffres 2007). Plusieurs hypothèses sont avancées pour expliquer la différence de fréquence des maladies allergiques qui varie de 5 à 35 % selon les régions du monde : génétique, environnement, mode de vie, hygiène, …

L’augmentation récente des maladies respiratoires suggère que notre système immunitaire soit sous l’influence de notre environnement.

Parmi les facteurs environnementaux qui entraînent une augmentation ou une aggravation de l’asthme, on peut retenir :

Tabagisme in utéro

Des études récentes ont prouvé que l’exposition tabagique in utero était corrélée avec un risque accru d’asthme dans les 5 premières années de vie, surtout si le tabagisme est maternel (altération de la fonction respiratoire, favorisation des infections respiratoires, remodelage bronchique, effet néfaste sur le développement pulmonaire).

Pollution extérieure

Les fortes concentrations en dioxydes d’azote et en fines particules de l’air ambiant sont corrélées avec une augmentation des crises d’asthme ou avec le développement d’une allergie, d’autant plus que la source d’exposition est proche ou que l’exposition est précoce (jeune enfant).

L’exposition à la pollution urbaine peut elle révéler un asthme ?

Pour répondre à cette question, l’étude européenne ECRHS-II a montré que l’exposition au dioxyde d’azote a pour effet d’accroître le nombre de personnes asthmatiques.

Quel est l’effet de la pollution chez une personne asthmatique ?

La pollution dégrade-t-elle l’état respiratoire des personnes asthmatiques ?  Les fines particules rejetées par les moteurs diesel renforcent-elles l’état inflammatoire des sujets asthmatiques et aggravent-elles leurs fonctions respiratoires ?
Ce rôle néfaste des moteurs Diesel inquiétait les autorités depuis de nombreuses années. Consommant 20 à 30 % de moins en carburant et rejetant moins de monoxyde et de dioxyde de carbone que les moteurs essences, les moteurs diésels, dont le nombre va croissant, émettent cent fois plus de particules et huit fois plus d’oxyde d’azote (source de la pollution à l’ozone) que les moteurs essences. Ces particules ont la particularité d’être d’autant plus nocives que leurs tailles sont faibles. Les particules de 2,5 µ et moins pénètrent très profondément dans les poumons. Celles de 1µ sont susceptibles de passer dans le système sanguin et d’agir défavorablement sur d’autres organes ce qui explique le lien entre maladies cardio-vasculaires et pollution. La fonction respiratoire de personnes asthmatiques dans un environnement où ne passent que des véhicules consommant du diesel (Oxford Street, Londres) a été comparée à la fonction respiratoire de ces mêmes personnes dans un endroit exempt de pollution (Hyde park). L’étude de la fonction respiratoire d’asthmatiques modérés montre une diminution du volume expiratoire maximale par seconde (VEMS) : – 6,1 % et de la capacité vitale forcée : – 5,4 % dans la zone polluée et de façon moindre dans Hyde Park (respectivement -1,9 et -1,6 %). Une autre étude très instructive a comparé les variations du débit expiratoire de pointe d’enfants asthmatiques scolarisés entre le matin et le soir. Parmi les particules étudiées, ce sont celles de 2,5 µm qui occasionnaient la baisse la plus importante du débit expiratoire de pointe. L’exposition aux particules fines de moteurs Diesel dégradent les fonctions respiratoires et sont susceptibles d’aggraver l’état respiratoire de personnes très fragilisées comme les asthmatiques sévères.
En conclusion, les émissions des moteurs diesel est nocive pour les personnes fragilisées sur le plan respiratoire comme les asthmatiques.

La conseillère médicale en environnement intérieur  conseille :

  • de ne pas faire tourner longtemps un moteur de voiture dans un espace confiné comme le garage surtout si celui-ci est attenant à la maison car les émissions nocives rentreraient dans les pièces à vivre pour y séjourner longuement,
  • d’aérer son garage quelques minutes après l’extinction du moteur.

 

La pollution modifie-t-elle la réponse aux traitements de l’asthme ?

A Mexico, on a mesuré l’état respiratoire d’enfants exposés à des particules de dioxydes d’azote (NO2), d’ozone (O3) et de particules fines (taille inférieure à 2,5 microns) qui ont la particularité de pénétrer jusqu’aux petites bronches ainsi que la réponse aux broncho-dilatateurs de courte durée d’action. Malgré la prise de bronchodilatateurs, une exposition:

  • au NO2 s’est accompagnée d’une baisse de 15 % du débit expiratoire de pointe : DEP,
  • à l’O3 (16 ppb), fit baisser de 11 % le DEP,

Par contre, l’exposition aux particules fines n’a pas entraîné de baisse du DEP. Cette baisse du DEP n’a pas été retrouvée chez les enfants prenant régulièrement des corticostéroïdes inhalés. En conclusion, une exposition aux polluants extérieurs diminue la réponse aux bronchodilatateurs de courte durée d’action sauf si le traitement de fond de l’asthme qui repose sur l’administration quotidienne de corticostéroïdes inhalés est bien observé.

Pour connaître la qualité de l’air de votre région : ATMO et Prévair  

Par contre, des facteurs protecteurs ont été mis en évidence, c’est l’hypothèse hygiéniste.
Des études menées depuis les années 1990 ont montré que certains facteurs de notre environnement protègent la survenue d’asthme et d’allergie expliquant la différence notée entre les pays occidentaux et les pays moins développés :

  • Faire partie d’une famille nombreuse
  • Etre en contact avec des endotoxynes bactériennes (ferme, colectivité).

A l’inverse, notre mode de vie moderne, dans les pays industrialisés, augmente le risque de maladies allergiques : protection accrue contre les bactéries et les parasites, prise d’antibiotiques, …Des facteurs alimentaires sont aussi reconnus protecteurs : alimentation riche en fruits, légumes, céréales, poisson, vitamines C et D. Le changement de notre alimentation « moderne » avec moins de produits frais et plus de produits « synthétiques » induit une consommation moindre en acide gras polyinsaturés, en vitames, en fibres et en antioxydants ce qui impacte sur notre système immunitaire.Certains éléments interviennent pendant la grossesse
Tabagisme, infections maternelles, régimes maternels, compléments en acide folique et autres vitamines, … La femme enceinte peut aussi ingérer des polluants organiques persistants (retrouvés dans l’air, l’eau, la nourriture, les vêtements, les intérieurs). Leur particularité est de s’accumuler dans les tissus et de pouvoir modifier l’ADN.Ces avancées dans la compréhension de l’augmentation de l’asthme et des allergies pourraient nous amener à prendre des mesures simples sur notre environnement : lutte contre la pollution automobile et le tabagisme, retour à une agriculture et à une alimentation plus saines, mais cela nécessite des efforts individuels, collectifs et politiques.

Définition de ppb : Nombre de molécules du gaz à effet de serre considéré par milliard (10.9) de molécules d’air. Unité : 1 partie pour milliard. 1 ppb = 10-9.

Mise à jour de la page le 17/01/2012