L’allergie aux protéines de lait de vache (APLV)

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L’allergie aux protéines de lait de vache est fréquente avant l’âge de 1 an. Elle est présente chez 3 à 6 % des moins de deux ans, soit environ 24 000 enfants par an pour disparaître vers l’âge de onze à douze mois.

Une distinction tout d’abord entre l’allergie et intolérance aux protéines de lait de vache.L’intolérance ne s’exprime que par des signes digestifs alors que l’allergie comporte des signes généraux, cutanés, digestifs ou respiratoires. Le délai d’apparition des signes est retardé dans le cas d’une intolérance et immédiat ou retardé lors d’une allergie. D’autres allergies peuvent se manifester s’il s’agit d’une allergie alors qu’il n’en existe pas dans le cas d’une intolérance aux protéines de lait de vache.

Il ne faut pas confondre allergie ou intolérance avec une intolérance au lactose qui concerne près de 50 % de la population mondiale. Cette intolérance au lactose entraine ballonnement et diarrhée mais sans cassure de la courbe de poids. Comme il ne s’agit pas d’une allergie, le patient peut continuer à consommer du lait mais appauvri en lactose afin de pouvoir le supporter.

Les allergènes responsable de l’allergie aux protéines de lait de vache sont au nombre de trente. Citons principalement la betalactoglobuline et la caséine car cette dernière est responsable d’une allergie persistante.

Cette allergie fait suite à une sensibilisation qui peut survenir durant la grossesse dans le ventre de sa maman mais aussi lors de l’allaitement ou de la prise du premier biberon.

Les signes cliniques de l’APLV sont de type immédiat ou retardé et peuvent se déclarer très précocement parfois avant 6 mois. La circonstance classique de déclenchement est le bébé nourri au sein et qui déclare une urticaire lors du sevrage du fait d’une sensibilisation préalable.

Les signes cliniques sont cutanés, digestifs, respiratoires et peuvent aller jusqu’à l’anaphylaxie.

Les signes cutanés sont présents dans 10 à 40 % des cas. Ils comportent essentiellement une urticaire ou une dermatite atopique.

Les signes digestifs sont présents dans 50 à 60 % des cas, ils peuvent être répétés et résistants aux traitements. On constate surtout l’existence de vomissements, de reflux gastro-oesophagien, d’œsophagite (inflammation de l’œsophage), de sang dans les selles ou de diarrhée. L’existence de tels symptômes peut entraîner un retard de croissance tant sur le poids que la taille.

Les signes respiratoires représentent 20 à 30 % des cas. Ils se manifestent rarement par de l’asthme, mais aussi par la répétition d’otite séreuse.

L’anaphylaxie représente 9 % des cas et peut se traduire par la mort subite du nourrisson.

Le diagnostic fait appel à diverses méthodes :

Le prick test réalisée avec du lait natif. Il provoque un érythème ou une papule. Ce test est positif dans les allergies immédiates. Sa négativité ne signifie pas que l’enfant n’est pas allergique.

Le dosage des IgE peut être demandé pour le lait de vache et la caséine. Le dosage peut être intéressant car l’on sait que la guérison d’une allergie à la caséine est lente. Cela permet de déterminer selon l’évolution du taux des IgE le temps nécessaire avant d’aborder la réintroduction du lait

Les patch tests comme le Diallertest (prix 22 €) est utilisé dans les diagnostics des allergies retardées.

Sa réalisation nécessite que le dos du patient soit propre sans apposition de crème. La peau ne doit pas présenter d’eczéma au préalable et le patient ne doit pas avoir absorbé de substances antihistaminiques.

Une fois posé, le patch ainsi que le patch témoin sont retirés après 48 heures et la lecture, effectuée par un médecin, se fait à 72 heures. La lésion est positive si elle est rouge et granuleuse compatible avec un eczéma. Elle peut également présenter des vésicules à sa surface.

Régime d’épreuve.

Il consiste en l’administration durant un mois d’un lait sans protéines lait de vache. En cas d’amélioration, cela signe le diagnostic d’aplv et le régime sera poursuivi jusqu’à l’âge de guérison.

Si l’état clinique ne change pas sous régime, il est inutile de le poursuivre plus d’un mois, il ne s’agit pas d’allergie au lait de vache.

Évolution

La guérison survient dans 90 % des cas avant trois ans. Celle-ci survient le plus souvent avant un an. Lors de la persistance, le risque est l’apparition d’allergie de type respiratoire ou alimentaire. L’allergie à la caséine est plus fréquemment retrouvée dans les formes persistantes.

Traitement

Le régime est instauré si l’allergie aux protéines de lait de vaches est prouvée. Ce régime est difficile à conduire car il nécessite l’éviction de tous les aliments contenant du lait : beurre, crème, petits pots aux légumes contenant souvent du lait, toutes sortes de lait comme bien sur le lait HA mais également le lait de brebis et de chèvre. Seul le lait de jument ne contient pas de protéines croisées avec les protéines lait de vache.

Cette éviction est également valable si l’allergie est prouvée chez un enfant nourri exclusivement au sein. La maman ne doit pas absorber de produits laitiers sous toutes ses formes ainsi que d’autres substances connues comme étant allergisantes chez l’enfant telle que les cacahuètes.

  • lait de substitution. hydrolysat de protéines du lactosérum : Alfaré (non remboursé: NR), Peptijunior (R); hydrolysat de caséine : Galliagène (NR), Prégestimil (R), Nutramigen (R), Nutriben
  • Isolat de soja et collagène de porc: Prégomine
  • Lait de synthèse : Néocate. Ce lait de synthèse, onéreux, sur prescription hospitalière, est réservé aux patients présentant une allergie aux hydrolysats.
  • Lait de soja : pas avant 6 mois (il existe des allergies croisées)

Le risque d’un régime d’exclusion du lait est un appauvrissement des apports en calcium. Cela nécessite parfois une supplémentation en calcium si les apports de lait sont inférieurs à 500ml par 24 h.

La conduite à tenir une fois que le diagnostic est posé :

Bien évidemment, c’est tout d’abord la mise en place d’un régime;

La prévention d’autres allergies alimentaires notamment à l’œuf, le poisson, l’arachide. L’œuf doit être introduit bien cuit en commençant par le jaune puis par le blanc d’oeuf. L’arachide ne sera consommée qu’après 3 ans. La diversification alimentaire doit être retardée jusqu’à 6 mois. La durée du régime est d’au moins 6 mois. Suite à ce régime, un bilan comportant des tests allergiques et un dosage des IgE sera entrepris même s’il s’agit même s’il s’agit d’une allergie retardée car le patient a pu développer durant la période d’éviction une allergie de type immédiate.

  • si le bilan est négatif, et si il s’agit d’une forme d’allergie retardée, la réintroduction est proposée a la maison. Selon un protocole bien précis, en commençant par les laitages
  • S’il s’agit d’une allergie retardée, la positivité des IgE signe la présence d’une allergie immédiate. Dans ce cas, la réintroduction de l’aliment se pratique en milieu hospitalier de jour. Cette réintroduction consiste en une administration de doses progressives de lait jusqu’à la moitié d’un biberon environ. Si la valeur d’un biberon entier peut être pris sans que cela entraîne des réactions, on estime que la guérison est acquise.

Cela nécessite néanmoins la consommation régulière de lait durant toute sa vie. Cette consommation ne doit jamais être arrêtée même s’il apparaît quelques plaques d’eczéma car la tolérance acquise par la réintroduction progressive du lait serait irrémédiablement perdue et exposerait le patient à un risque de choc anaphylactique grave lors de la consommation ultérieure de lait.

  • Si la réintroduction du lait est un échec le patient peut suivre un protocole de tolérance de façon à éviter la survenue d’un choc anaphylactique lors d’un contact avec des traces infimes de lait. Cette méthode consiste à apporter du lait goutte à goutte de façon à augmenter la tolérance du patient.

Allergie retardée aux protéines lait de vache

C’est une allergie non IgE médiée. Les signes cliniques sont retardés de 48 à 72 h d’où la difficulté pour porter le diagnostic Les signes cliniques comportent essentiellement des signes digestifs, cutanés et respiratoires. Les signes digestifs sont sévères. Il peut s’agir : Entérocolite allergique qui survient durant la première semaine de vie et à ceux-ci des épisodes de reflux, vomissements, diarrhées sanglantes et une altération de l’état général. Les autres signes digestifs peuvent être un tableau d’entéropathie allergique, une rectocolite hémorragique. D’autres signes digestifs non spécifiques peuvent exister : un reflux gastro-oesophagien (D#19) sévère, une constipation ou une diarrhée chronique, une anorexie, une cassure de la courbe de poids, une irritabilité.

Les signes cutanés. Principalement il s’agit d’un eczéma ou d’une dermatite atopique sévère comportant des plaques confluentes arrondies pouvant couvrir une grande partie de la surface du corps.

Les signes respiratoires consistent en un asthme relativement sévère, et la répétition d’otite séreuse.

Le diagnostic comporte :

  • Des tests cutanés  et un dosage des IgE négatifs
  • La réalisation du patch test est positive. Si le patch test est négatif et si le régime d’épreuve pratiqué ne montre aucune amélioration, c’est qu’il ne s’agit pas d’une allergie.

Évolution

La guérison est totale dans les cinq ans qui suivent.

Le pronostic est d’autant meilleur que le diagnostic précoce.

Prévention des allergies aux protéines lait de vache.

En présence d’une atopie, il est recommandé :

  • un allaitement prolongé,
  • ne pas donner de biberon de lait à la maternité en cas d’allaitement maternel,
  • en cas d’allaitement, de privilégier un lait hypoallergénique,
  • de ne pas utiliser pour la peau du bébé de crème à base de lait ou de toutes substances comportant des extraits alimentaires (amidon de blé), d’huile d’amande douce.

Source : Communication du Dr VALINGOT ANFRAY Florence, Pédiatre Allergologue (Rouen), Mai 2008
Modification de la page 07/03/2008