Le tabac : la vérité sur ses méfaits

image_pdf

Aberrant mais pourtant vrai, le tabac est l’un des rares produits, dont les effets néfastes pourtant prouvés, n’empêche pas la poursuite de sa commercialisation tant il rapporte des taxes à l’état.

Pourtant, les arguments ne manquent pas pour déconseiller voire interdire ce produit.

60 substances sont reconnues comme irritantes ou génératrices de cancer. Citons la nicotine qui crée la dépendance au tabac et surtout mentionnons le benzoapyrène qui modifie le gène p53 or ce gène, primordial pour empêcher la survenue de mutations dans le noyau des cellules, est modifié dans 60 % des cas en cas de cancer du poumon.

Il génère nombre de maladies qui engendrent 60 000 décès par an :

Le cancer, bien sûr, en premier est responsable de 20 000 morts par an. Le nombre de mort par cancer du poumon suit fidèlement celle de la consommation de tabac.

Parmi les fumeurs porteurs d’un cancer du poumon, l’espérance de survie à 5 ans ne dépasse pas 13%. En résumé, 50 % des fumeurs décéderont d’une longue maladie. Fumer multiplie par 18 le risque d’être atteint d’un cancer du poumon. Ceux qui échapperont à ce fléau verront huit années de leur vie partir en fumée.

Ceux qui ne fument mais sont au contact de la fumée ne sont pas épargnés. Il faut savoir que la fumée latérale engendrée par la fumée issue de la combustion de l’extrémité de la cigarette, donc non filtrée par le mégot, est plus toxique que la fumée dite centrale qui correspond à la fumée rejetée par le fumeur. La fumée latérale représente 85 % de la fumée due à une cigarette. Cette fumée majore chez le non fumeur le risque de cancer du poumon (+ 26 %), le risque d’infarctus (+23 %).

Le tabac est aussi responsable d’autres décès par :

  • insuffisance respiratoire (15 000),
  • maladies cardio-vasculaires (20 000),
  • cancers des voies respiratoires hautes (3 500) ; 50 à 90 % des cas sont imputables au tabac
  • cancers de la vessie (1 500). Le tabac est la cause de 40 % des cancers de vessie

Le tabac altère également les artères ce qui est source d’infarctus, d’artérite. Le poumon, organe qui reçoit la fumée de tabac subit de nombreuses agressions sources de maladies comme la bronchite chronique obstructive ou l’asthme.

L’exposition d’enfants à la fumée de tabac, authentifié par la mesure de la cotinine, produit de transformation de la nicotine, montrait une altération de leurs capacités pulmonaire et un pourcentage plus important d’asthme. La modification de la législation a permis aussi de mesurer l’impact de l’interdiction de fumer dans les lieux publics. La baisse des taux d’infarctus est passée de 3 à 17 % en un an en Ecosse et une réduction importante des signes respiratoires fut observée en Irlande. La réduction du nombre de fumeurs est elle pour autant effective?

La France compte 15 millions de fumeurs :

  • 33 % des 12 à 75 ans fument, ne serait-ce que de temps en temps.
  • Entre 18 et 34 ans, près d’une personne sur deux fume.
  • 32 % des Français de 17 ans fument contre 41 % en 2000

La baisse du tabagisme chez les élèves de 16 ans du secteur public, privé et agricole est confirmée par les données 2007. La diminution est importante pour le tabagisme quotidien, passant de

  • 33 % en 1999 à 16 % en 2007 parmi les filles et de
  • 30 % à 18 % parmi les garçons,

Même si la part des gros fumeurs (plus de 10 cigarettes par jour) est restée stable sur la période considérée. A l’opposé, la part des fumeurs occasionnels de moins d’une cigarette par jour augmente notablement. Par ailleurs, un élève sur trois a déjà usé d’un narguilé mais 4 % n’ont expérimenté le tabac que de cette façon, alors qu’un peu moins d’un tiers n’a expérimenté que les cigarettes. Parmi les fumeurs quotidiens âgés de 15 ans exactement, 86 %, soit 19 % de la tranche d’âge, dit avoir acheté du tabac chez un débitant au cours des trente derniers jours, soit illégalement.

La cigarette est plus souvent ressentie comme gênante surtout par les non fumeurs (51 % contre 15 % pour les fumeurs). 86 % des non fumeurs ont soutenu les mesures d’interdiction de fumer dans les lieux publics mais aussi 74 % des fumeurs.

Pour autant, il est nécessaire de poursuivre les campagnes d’informations car

  • 60 % des fumeurs situent la dangerosité du tabac au-delà de leur consommation personnelle;
  • 24 % pensent que le risque cancérigène du tabac apparaît pour une consommation de 20 cigarettes par jour;
  • 14 % seulement signale que le risque apparaît dès la première cigarette.

Interdire le tabac étant impossible, il est nécessaire, pour amener les fumeurs à modifier leurs comportement, de leur montrer le bénéfice à cesser de fumer:

Sur le risque du cancer. Plus tôt a cessé l’intoxication tabagique, moins le pourcentage de décès par cancer du poumon est important.

Sur le plan respiratoire, l’absence des agents irritatifs sur la muqueuse bronchique permet une réparation qui débute dès le début de l’arrêt du tabac.

Bien que la fréquence de l’asthme ait régulièrement augmentée dans la région passant de 6,4% à 7,1 %, le bénéfice de l’arrêt du tabac fut mesuré dans cinq hôpitaux du Kentucky aux USA : Le nombre d’admissions aux urgences a radicalement baissé de 22 % en moyenne dès l’application de la loi. La réduction fut de

  • 24 % chez les personnes de plus de 20 ans,
  • 18 % en-dessous de 20 ans.

On voit que la réduction de l’exposition au tabac actif ou passif s’est accompagnée d’une réduction du nombre d’admission aux urgences pour crises d’asthme. Il n’est cependant pas possible d’établir un lien statistique entre ces deux faits. Une autre étude a montré que l’arrêt du tabac dans les lieux publics a permis, grâce à la diminution du tabagisme passif,

  • d’améliorer nettement la qualité de vie avec une plus grande capacité à mener toutes les activités de la vie quotidienne,
  • une réduction de la consommation de médicaments et
  • un moindre recours aux services d’urgences pour crise d’asthme.

Cependant influençable, nous le sommes tous et les vendeurs de tabac le savent bien. Aussi pour bien asservir le jeune fumeur, les paquets de cigarettes sont habillés de couleur pastel comme le rose pour les filles mais aussi noires. Les cigarettes sont parfumées et délivrent un goût plaisant pour l’adolescent (chocolat, caramel ou fraise). Pour autant ces cigarettes qui semblent moins toxiques à 50 % des jeunes sont au contraire parmi les plus chargées en monoxyde de carbone, nicotine et goudrons signale le Pr Dautzenberg, président de l’office de prévention du tabagisme. Ces modifications de parfums et de présentation ont un réel succès puisque 14% des 12 – 15 ans ont déjà testé les cigarettes aromatisées fraise, vanille ou chocolat et que la consommation de tabac grimpe de 66 % chez les 14 ans. Il semble nécessaire d’informer les jeunes afin de les détourner de ces cigarettes tremplins pour se tourner à l’âge de 15 ans vers les traditionnelles cigarettes blondes.

Pour les paquets destinés aux adultes, les teintes sont de couleur plus douces faisant croire au fumeur que la teneur en produit toxique est plus faible la nocivité sera d’autant plus faible. Afin de contrer les tentatives de séduction par le bel emballage des paquets de cigarettes, l’OMS souhaite rendre les paquets de tabac moins attrayants en y apposant des images chocs montrant la dure réalité des dommages causés par le tabac. Cette mesure fut évaluée comme positive surtout auprès des jeunes fumeurs pas encore dépendants. Quelques précisions sur la cotinine : S’il est difficile de fixer un seuil de positivité pour la cotinine, les valeurs suivantes peuvent être proposées :

  • < 6 μg/l pour le sujet non fumeur non exposé à la fumée,
  • 6 à 50 μg/l pour le sujet non fumeur exposé à la fumée,
  • 50 à 150 μg/l pour le petit fumeur,
  • 150 à 600 μg/l pour le fumeur,
  • 600 à plus de 5 000 μg/l pour le gros fumeur.

la nicotine inhalée (mg/24 heures) est égale :

  • à la cotinine sanguine (μg/l) x 0.08,
  • à la cotinine urinaire (μg/l) x 0.013 ou
  • à la cotinine salivaire (μg/l) x 0.10(5).

Source: Galanti C. Cotinine urinaire :dosage et applications. La Revue de la Médecine Générale n° 251 mars 2008Barbara A et coll. Association between Exposure to Environmental Tobacco Smoke and Exacerbations of Asthma in Children. The NEJM ;Volume 328:1665-1669, June 10, 1993Bilan de l’interdiction de fumer dans les lieux de convivialité. Ministère de la Santé, de la Jeunesse, des Sports et de la Vie associative. Mai 2008Rayens M et coll. Reduction in asthma-related emergency department visits after implementation of a smoke-free law. J Allergy Clin Immunol 2008 ;122 : 537-41. – Areias A et coll. Asthma and the new anti -smoking legislation. What has changed? Rev Port Pneumol ; 15(1) :27-42. – www.tabac-info-service.fr INVS