L’éviction de l’arachide sera-t-elle toujours définitive en cas d’allergie ?

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Le Pr Denise-Anne Moneret-Vautrin (Nancy), lors du Congrès national d’Asthme et Allergie de 2009, a présenté le protocole d’induction de tolérance orale qui permettrait de consommer une certaine dose d’arachide déterminée sur le plan médical. Jusqu’à présent, l’allergie à l’arachide est considérée comme une allergie définitive dans 80 à 94 % des cas. Les conséquences sont une éviction systématique à vie de l’arachide avec l’obligation de vérifier, sur tout achat alimentaire, l’absence de traces d’arachide et la nécessité de pouvoir traiter rapidement la simple réaction allergique jusqu’au choc anaphylactique par injection d’adrénaline. L’enfant doit bénéficier d’un PAI qui lui permet la mise en place de son traitement en milieu scolaire et parascolaire. L’éviction de l’arachide évite simplement l’apparition de manifestations allergiques graves. Cela ne guérit pas de l’allergie et pourrait même augmenter le niveau de sensibilisation. En effet, l’absence de consommation totale d’un allergène augmente la sensibilité de l’individu à cet allergène. C’est vrai pour le lait et l’œuf. Ne pas en consommer rend encore plus allergique. Pour y remédier, des protocoles de réintroduction progressifs de ces allergènes, encadrés très strictement sur le plan médical, ont permis de définir quelles doses d’aliments allergisants peuvent être consommés régulièrement sans danger par les patients. Ce qui est possible pour le lait et l’œuf le deviendra-t-il pour l’arachide ? C’est l’espoir soulevé par cette étude sur un petit nombre de patients menée par le Pr Denise-Anne Moneret-Vautrin. 90 % des patients allergiques à l’arachide ont pu en consommer progressivement sous forme de cacahuète pour atteindre 12 g par semaine avec toutefois dans un cas sur deux des effets indésirables mais qui n’ont pas empêché la poursuite de la réintroduction. Ensuite, sous surveillance médicale stricte, les patients ont consommé régulièrement 1 à 1,5 g/j d’arachide ce qui leur a permis d’avoir un régime alimentaire tout à fait normal. Bien sur, il ne s’agit que d’une étude montrant la possibilité de réintroduire l’arachide chez un patient qui subit cette allergie. Pour être confirmée, d’autres études de plus grande ampleur devront affiner la méthode de réintroduction. L’éviction totale reste encore la règle à ce jourmais le principe d’éviction totale permanente qui renforce l’intolérance à l’allergène semble s’effacer pour celui d’induction de tolérance orale.